Home / Testimonies / Marcel Kahne

Je viens d’une famille juive non pratiquante. Mes parents et quasiment toute ma famille indirecte ont été déportés et assassinés au camp de concentration d’Auschwitz. Ayant été recueilli par une famille belge non juive juste avant les grandes rafles de 1942 à Anvers (Belgique) par les Allemands, j’ai échappé à leur sort. J’avais alors six ans et la perte de mes parents — j’ai pris conscience très tôt du caractère définitif de leur disparition — m’a profondément affecté. Quand je me revois, enfant, je suis étonné de constater à quel point le déracinement (adaptation à une autre famille, à un autre milieu, apprentissage d’une autre langue) peut mûrir même un enfant de six ans. Avec le temps, je me suis mis à rechercher un sens à la vie. En avait-elle un ? À quoi rimait-elle ? Était-elle, comme Shakespeare l’exprime amèrement dans Macbeth, « une ombre qui marche ; un pauvre comédien qui s’agite et se pavane une heure sur scène et puis qu’on n’entend plus… une histoire, racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien » ou y avait-il un Dieu, comme celui dont on me parlait au cours de religion catholique à l’école primaire, et si oui, que nous voulait-il ?

Dans mon adolescence, je me suis mis à étudier la religion de mes ancêtres grâce à une tante qui vivait en Israël et qui m’a envoyé des livres et m’a mis en contact avec un rabbin. Mais le judaïsme n’avait pas de réponse à me donner. Pendant cette même période, je suivais les cours de religion catholique à l’école et j’étais fasciné par Jésus-Christ, mais le reste de l’enseignement ne répondait à aucune de mes questions, au contraire. Une année, l’ecclésiastique qui nous donnait le cours de religion avait trouvé le moyen d’éliminer les problèmes de discipline qui sont la plaie de ce genre de cours en nous obligeant à écrire sous sa dictée pendant les cinquante minutes de chaque période de cours. Le sujet était la conception chrétienne traditionnelle de Dieu : sa nature, la Trinité et la question de l’existence du mal. La conception de ce Dieu, un tout immatériel sans parties, qui pouvait être entièrement dans chaque particule de matière tout en n’étant qu’un, qui était un mais aussi trois, dont un élément (qui n’était pas un élément puisque Dieu est un tout sans parties) était sorti de Dieu pour venir sur la terre nous sauver (pour satisfaire quelle justice ?) et ensuite rentrer en lui, qui avait tout créé de rien, qui, situé hors du temps, avait à un moment donné (d’un temps qui n’existait pas ?) créé (dans quel but ?) un univers imparfait (pourquoi imparfait ?) et autorisé/voulu/été incapable d’empêcher le mal, cette conception qui défie toute logique et qui, de surcroît, était en contradiction avec la Bible et n’était pas le produit de la Révélation mais des cogitations des théologiens du IVe siècle, n’était pour moi qu’un tissu d’invraisemblances. Comment pouvais-je aimer de tout mon cœur, de toute mon âme et de toute ma pensée, comme le commande Jésus, et considérer comme « mon Père céleste » ce Néant tout-puissant qui est le Totalement Autre ? Comment pouvais-je accepter que cet Être, qui m’avait créé de rien et à qui je devais donc d’être comme j’étais, puisse me rendre responsable des imperfections que lui-même avait mises en moi ? Et surtout, cela ne répondait pas à ma question fondamentale : La vie a-t-elle un sens ?

En fait, j’avais déjà reçu ma réponse. Dès l’âge de douze ans, j’avais décidé de devenir professeur d’anglais. Mon père adoptif, rencontrant un jour les missionnaires de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, qui avaient installé un stand en ville, et ayant remarqué qu’ils étaient de langue anglaise, les invita à la maison. Leur message ne l’intéressait absolument pas, mais il se disait qu’ils pourraient parler anglais avec moi et m’aider à apprendre la langue. J’étais alors dans ma quinzième année et en pleine recherche spirituelle. Je les interrogeai sur leur religion et je découvris que Joseph Smith avait vu Dieu le Père et son Fils, Jésus-Christ, et que la description qu’il faisait d’eux était celle d’un témoin oculaire et non celle d’un théoricien de la religion. Ses révélations m’apprenaient que les hommes, dans leur état fondamental, et la matière, dans son état non organisé, existaient par eux-mêmes et n’avaient pas besoin d’être tirés du néant. Dieu avait pris en charge les intelligences primitives que nous étions, nous avait dotés d’un corps d’esprit, faisant ainsi de nous littéralement ses enfants, et avait conçu un Plan de Salut grâce auquel nous allions pouvoir connaître une évolution qui nous mènerait en bout de course à l’état de perfection divine et de bonheur divin atteint par Dieu-lui-même. Tous les problèmes rencontrés par la théologie chrétienne traditionnelle étaient résolus : Dieu était notre guide, pas notre cause et l’organisateur de l’univers pas un magicien tirant tout de rien. Il n’était pas le Totalement Autre, mais notre Père aimant s’efforçant de nous conduire à l’épanouissement et au bonheur de la perfection. Quant au mal, il était inhérent à notre nature comme le verso d’une feuille est indissociable de son recto et devait être neutralisé pour que nous puissions accéder au bonheur parfait. L’accession à cet idéal était subordonnée à l’alliance avec Jésus-Christ par le baptême et au respect de ses commandements, qui étaient ceux dont l’observation était indispensable pour nous amener à notre épanouissement et à notre bonheur parfaits. Et dans ce processus, les morts qui n’avaient pas eu l’occasion de connaître l’Évangile et de se prononcer à son sujet n’étaient pas oubliés, l’Évangile leur étant annoncé dans le monde d’esprit postmortel et les alliances nécessaires étant faites pour eux dans les temples. Non seulement j’avais mes réponses, mais je savais que je reverrais mes parents et qu’ils seraient toujours mes parents.

Mais tout cela pouvait n’être qu’une belle théorie, ingénieusement conçue par un esprit particulièrement habile. Était-ce uniquement une affaire de logique ou de conviction ? N’y avait-il pas quelque part un ancrage dans la vie réelle ? Je n’allais pas tarder à en trouver un dans le Livre de Mormon. Pendant que j’étudiais avec les missionnaires, l’un d’eux me donna un jour un exemplaire du livre du professeur Hugh Nibley de BYU, Léhi dans le Désert et Le monde des Jarédites. Ce livre ancra mon témoignage tout neuf. Il montrait que le Livre de Mormon était tout à fait à l’aise dans le contexte historique dont il se réclamait, excluant toute possibilité qu’il ait été imaginé que ce soit par Joseph Smith ou par l’un quelconque de ses contemporains. De plus il m’apprit quelque chose qui allait jouer un grand rôle dans mon étude future des écrits sacrés : le fait que chaque mot, chaque bout de phrase, chaque structure un peu surprenante dans les Écritures peut cacher un détail historique ou doctrinal important et que les Écritures doivent donc être étudiées minutieusement. Le Livre de Mormon était manifestement un document historique authentique et les personnes, les lieux et les faits qu’il mentionne étaient réels. Je ne le savais pas encore, mais cette découverte n’était que le début d’une longue histoire d’amour entre le Livre de Mormon et moi .

Je me suis fait baptiser à ma majorité et j’ai fait une mission en France. À l’époque (1960-1962), tout ce qui était manuel et livre de leçons était traduit et imprimé au bureau de la mission à Paris. Je faisais déjà des traductions pour l’Église depuis environ deux ans et au bout de quelques semaines en mission, le président de mission m’invita au bureau de la mission pour faire de la traduction. Ce travail m’amena à comparer les citations du Livre de Mormon anglais avec leur traduction française de l’époque. Je ne tardai pas à constater qu’il y avait des contresens et d’autres inexactitudes dans la version française, qui était la traduction originelle faite en 1851 sous la direction de Curtis E. Bolton. J’en fis un relevé et allai trouver le président de mission pour le lui présenter. Rapport fut fait à la Première Présidence, à la suite de quoi je fus invité à faire une révision du texte français du Livre de Mormon (et, dans la foulée, une retraduction des Doctrine et Alliances et de la Perle de Grand Prix), révision toutefois strictement limitée aux erreurs les plus flagrantes. Mon travail déboucha sur l’édition française des Écritures de 1962.

Ce travail me laissa insatisfait. Il y avait, dans la traduction française originelle, trop de libertés que je n’avais pas pu corriger. Curieusement, toutefois, j’avais la certitude qu’une révision complète de cette traduction aurait lieu un jour et que ce serait moi qui la ferais. Je n’avais absolument aucun doute là-dessus. Il fallait donc que je me prépare en étudiant l’ouvrage de manière approfondie. D’autres livres de Hugh Nibley tels que An Approach to the Book of Mormon et Since Cumorah continuèrent à renforcer ma conviction de l’authenticité historique du Livre de Mormon et de la nécessité pour le traducteur de « coller » au maximum au texte anglais parce que celui-ci trahissait délibérément des formes et des structures de la langue d’origine.

Le moment tant attendu se présenta vingt-trois ans après la publication de l’édition de 1962. Après un immense travail préparatoire effectué par l’université Brigham Young pour fournir aux traducteurs un Guide de traduction et un Lexique donnant la signification de chaque mot dans chacune de ses occurrences et l’heureuse coïncidence ( ?) de la réédition de l’American Dictionary of the English Language, l’édition originale du Webster de 1828, permettant de vérifier la signification qu’avaient les mots anglais à l’époque de Joseph Smith, l’Église lança, en 1985, un vaste programme de traduction du Livre de Mormon, des Doctrine et Alliances et de la Perle de Grand Prix dans de nombreuses langues et, par la même occasion, une révision des traductions existantes. Je fus désigné pour être le traducteur principal pour le français, flanqué d’une nuée de réviseurs chargés de vérifier l’exactitude de mon travail. C’est à ce moment-là que je fus chargé de traduire, pour le magazine de l’Église en français, un article de l’ethnologue John Sorenson intitulé « Digging into the Book of Mormon ». Très intéressé par son contenu, je consultai les notes de fin d’article et découvris les coordonnées d’une fondation appelée F.A.R.M.S., constituée de chercheurs et de professeurs d’université membres de l’Église. Je me procurai son catalogue et achetai tous les fascicules qui étaient déjà publiés. Sorenson venait aussi de publier son ouvrage fondateur An Ancient American Setting for the Book of Mormon dont la lecture me renforça encore dans la certitude que le Livre de Mormon traitait de personnes réelles dans un cadre géographique et culturel réel et dans la conviction que le texte anglais recelait des trésors d’authenticité historique qui exigeaient que ma traduction soit aussi proche de l’original anglais que possible. Les articles du professeur John Welch sur le chiasme dans le Livre de Mormon et sur la différence entre les termes « theft » et « robbery », les articles de John Tvedtnes et d’autres sur les hébraïsmes, le traité de Donald W. Parry sur les parallélismes du livre et d’autres encore donnèrent un éclairage tout neuf à certains passages du livre et montrèrent que les traducteurs, moi y compris, ne savaient parfois pas ce qu’ils traduisaient.

La mission du traducteur était définie par une circulaire de la Première Présidence qui exigeait que la traduction soit aussi proche que possible de l’original anglais, directive avec laquelle j’étais d’autant plus d’accord que je ne voulais pas que ma traduction soit un obstacle à la communication de découvertes futures aux lecteurs de langue française. Le traducteur qui essaie de rendre le Livre de Mormon dans sa langue tout en restituant autant que possible toutes les nuances et toutes les subtilités de l’anglais et, dans le cas du Livre de Mormon, d’un anglais assez particulier, fruit d’une traduction serrée de laquelle ressortent toutes sortes de sémitismes, ce traducteur-là découvre le livre comme peu d’autres personnes peuvent le faire. Sa cohésion interne, la rigueur de sa terminologie et de ses structures sautent aux yeux. Il apparaît clairement que celui qui a rédigé le texte n’est pas quelqu’un qui l’aurait inventé chemin faisant, mais quelqu’un qui écrivait avec soin dans une grande unité de vocabulaire et de formulation, une caractéristique qui fait de la traduction une opération encore plus ingrate que dans le cas d’un texte ordinaire. Arrivé à la fin de 1 Néphi, après un travail minutieux aidé de la prière, et après avoir revu le texte cinq fois, j’étais fier de moi, convaincu que ma traduction était ce que l’on pouvait humainement faire de mieux. Arrivé à Mosiah, je n’étais plus sûr de rien et j’étais prêt à jeter tout mon travail au feu. Je suis convaincu que si le livre avait été celui d’un imposteur, je n’aurais pas eu ce problème-là. Le travail de retraduction du Livre de Mormon et des autres Écritures modernes en français, qui dura de la fin 1985 à la mi-1998 (avec l’intervention de comités de révision successifs créés par les Autorités générales soucieuses d’avoir la certitude que le travail était fait correctement), fut aussi une période de découvertes en chaîne concernant le Livre de Mormon par les chercheurs de F.A.R.M.S. dont certaines eurent un impact sur la traduction. Je sortis de cette expérience plus convaincu que jamais que le Livre de Mormon était un document historique authentique et que le seul moyen d’expliquer son existence était d’admettre l’authenticité de l’histoire de Joseph Smith.

Que l’on me comprenne bien. Je n’ai pas dit que l’on a « prouvé » l’authenticité du livre au sens scientifique du terme. Ceux qui ont accumulé les confirmations historiques et littéraires du Livre de Mormon se défendent de l’avoir fait. En quoi ils ont raison puisque la notion de preuve est éminemment personnelle. Ce qui entraîne la conviction de l’un, n’entraîne pas celle de l’autre. Une chose est néanmoins claire : Il n’est dorénavant plus possible — du moins si l’on se considère comme intellectuellement honnête — de juger le Livre de Mormon d’une manière équitable si l’on ne tient pas compte des évidences que la recherche a mises au jour.

Mais mon témoignage est ancré dans autre chose encore, quelque chose de bien plus essentiel. Il n’est pas une simple question de raisonnement sur la religion ni une affaire de découvertes rendues possibles par la recherche scientifique, encore que ces deux types de considérations jouent un rôle de consolidation important. Il repose sur la certitude de l’existence objective de Dieu basée sur une notion introduite par Joseph Smith à la suite de son vécu à lui : celui de la révélation personnelle. Joseph Smith a eu la réponse à ses questions en prenant au mot l’invitation de Jacques 1:5 dans le Nouveau Testament (« Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée ») et en faisant l’expérience d’aller dans un endroit solitaire et d’y prier Dieu. Sa prière a débouché sur la Première Vision. Fort de cela, il a enseigné à ceux qui l’ont suivi qu’ils n’étaient pas obligés de croire aveuglément ce qu’il leur disait. Ils pouvaient savoir si c’était vrai en demandant à Dieu et en recevant eux-mêmes la réponse. C’est le principe de la révélation personnelle. C’est l’invitation que lance le Livre de Mormon lui-même : « Et lorsque vous recevrez ces choses, je vous exhorte à demander à Dieu, le Père éternel, au nom du Christ, si ces choses ne sont pas vraies; et si vous demandez d’un cœur sincère, avec une intention réelle, ayant foi au Christ, il vous en manifestera la vérité par le pouvoir du Saint-Esprit. Et par le pouvoir du Saint-Esprit, vous pouvez connaître la vérité de toutes choses » (Moroni 10:4-5).

J’ai fait cette expérience et j’ai reçu ma réponse. Mais ce n’est pas tout. Comme tout nouveau baptisé, j’ai reçu le don du Saint-Esprit, le droit à sa compagnie et à la révélation personnelle par son entremise lorsqu’il s’avère que celle-ci est nécessaire. Cette manifestation du « murmure doux et léger », comme l’appelle 1 Rois 19:12, je l’ai vécue bien des fois au fil des années et je peux témoigner qu’elle existe bel et bien. Ceux qui ne croient pas pourront avoir recours à leur arsenal habituel d’explications, psychologiques ou autres, mais s’ils n’ont pas appliqué le principe dans leur vie et n’ont pas fait cette expérience, il leur manque un élément d’appréciation fondamental. La révélation personnelle ne fait pas de moi un illuminé. C’est quelque chose de trop subtil pour cela. Bien souvent, c’est après coup que je m’aperçois de ce petit coup de pouce que j’ai reçu du Saint-Esprit. Mais chaque fois qu’il se manifeste, il me conforte dans ce que je sais déjà : que Dieu existe, qu’il est notre Créateur et notre Père et qu’il se soucie de chacun de nous.

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Marcel Kahne est diplômé de l’Université libre de Bruxelles en philologie germanique et a fait une carrière comme professeur d’anglais, de néerlandais et d’allemand dans l’enseignement secondaire supérieur. Il est aujourd’hui à la retraite. Il est aussi, depuis plus de cinquante ans, traducteur à temps partiel pour l’Église Il a fait une mission à plein temps en France de 1960 à 1962 et a rempli divers postes dans l’Église dont ceux de président de branche et de district, de membre du grand conseil et de conseiller dans trois présidences de pieu. Il est actuellement membre de l’épiscopat de sa paroisse. Sa première épouse (maintenant décédée) et lui ont quatre enfants et huit petits-enfants.

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I come from a non-practising Jewish family. My parents and almost all my extended family were deported and murdered at the Auschwitz (Poland) concentration camp. Having been taken in by a non-Jewish Belgian family right before the great 1942 roundups by the Germans in Antwerp, Belgium, I escaped their fate. I was six at the time, and the loss of my parents—I became aware very early of the final nature of their disappearance—affected me deeply. Looking back on my childhood, I am impressed by how deeply being uprooted (having to adjust to another family, another environment, learning another language—I spoke Flemish and had to learn French) can mature even a six-year-old child. In time, I started searching for a meaning to life. Did it have any? Did it make any sense at all? Was it, as Shakespeare bitterly puts it in Macbeth, “a walking shadow, a poor player that struts and frets his hour upon the stage and then is heard no more . . . a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing,” or was there a God, like the one I was being told about in the Catholic religion class in elementary school? And if so, what did He want from us?

In my teenage years, I started studying the religion of my ancestors, thanks to an aunt who lived in Israel and who sent me books and put me in touch with a rabbi. But Judaism had no answer for me. During this same period, I took Catholic religion classes at school and became fascinated with Jesus Christ, but the remainder of the teaching did not answer any of my questions. Far from it. One year, the Catholic priest who taught us religion found a way to eliminate the problems of unruly classes, which usually plague teachers of religion, by compelling us to write under his dictation during the fifty minutes of each class period. The subject was the traditional Christian concept of God: His nature, the Trinity and the matter of the existence of evil. Such a concept of God, seen as an immaterial whole without any parts; who could be entirely in each particle of matter while at the same time being only one; who was one but also three; an element of whom (which was not an element since God is a whole without parts) had left God to come to earth and save us (to satisfy whose justice?) and then return into him; who had created everything out of nothing; who, while located out of time, had at a given time (of a time that did not exist?) created (for what purpose?) an imperfect universe (why imperfect?) and allowed/wanted/been unable to prevent evil—such a concept that defies all logic and which, in addition, was in contradiction with the Bible and was not the product of revelation but of the wild imaginings of fourth-century theologians, was nothing more than balderdash to me. How could I love this almighty Nothing, who is the Totally Other, with all my heart, might, mind, and strength, as Jesus commands, and consider Him to be “my Father which is in Heaven”? How could I accept that this Being, who had created me out of nothing and to whom I therefore owed that I was as I was, could make me responsible for imperfections He Himself had placed in me? And especially, that did not answer my basic question: Does life have meaning?

Actually, I had already received my answer. By the age of twelve, I had made up my mind I would become an English teacher. One day my foster father met a couple of missionaries of the Church of Jesus Christ of Latter-day Saints who were holding a street meeting in the city where we lived, and, having noticed that they were English speakers, invited them to his house. He wasn’t interested in their message at all, but he thought that they could talk English with me and thus help me learn the language. I was then in my fifteenth year and right in the middle of my spiritual quest. I asked them about their religion and discovered that Joseph Smith had seen God the Father and His Son, Jesus Christ, and that his description of Them was that of an eyewitness and not that of a religious theoretician. His revelations taught me that men, in their primeval state, and matter, in its unorganized state, existed by themselves and did not need to be created ex nihilo. God had taken charge of us as primal intelligences, had endowed us with a spirit body, thus making us His literal children, and had conceived a Plan of Salvation through which we would be able to go through an evolution that would eventually bring us to that condition of divine perfection and happiness reached by God Himself. All the problems encountered by traditional Christian theology were solved: God was our guide, not our cause, and the organizer of the universe, not a magician extracting everything from nothingness. He was not the Totally Other, but our loving Father endeavoring to lead us to the fulfillment and happiness of perfection. As far as evil was concerned, it was inherent in our nature just as the back of a sheet is inseparable from its front and was to be neutralized so that we could reach perfect happiness. Access to this ideal was subordinated to a covenant with Jesus Christ through baptism and keeping His commandments, which were those whose observation was essential to bringing us to our perfect fulfillment and happiness. And in this process, those dead who had not had any opportunity to come to know the Gospel and decide for or against it were not forgotten, the Gospel being declared to them in the postmortal spirit world and the necessary covenants being made for them in the temples. I not only had my answers, but I knew I would see my parents again and they would still be my parents.

But all of this might just be a beautiful theory, cleverly conceived by a particularly skillful mind. Was it just a matter of logic or conviction? Wasn’t there some anchoring in real life somewhere? It wouldn’t be long until I found one in the Book of Mormon. While I was studying with the missionaries, one of them gave me a copy of a book by BYU professor Hugh Nibley, Lehi in the Desert and The World of the Jaredites. This book clinched my brand new testimony. It showed that the Book of Mormon was entirely at home in the historical framework it claimed for itself, excluding any possibility that it was contrived either by Joseph Smith or any of his contemporaries. Moreover, it taught me something that was going to play a significant role in my coming study of the sacred writings: the fact that each word, phrase, or intriguing pattern in the scriptures can conceal an important historical or doctrinal feature and that the scriptures therefore need to be studied minutely. The Book of Mormon was obviously an authentic historical record and the people, places, and facts it records were real. I did not know it yet, but this discovery was just the beginning of a long love story between me and the Book of Mormon.

I was baptized when I came of age at twenty-one and served a mission in France. At the time (1960-62), everything by way of handbooks and lesson manuals was translated and printed at the mission office in Paris. I had already completed translations for the church for about two years and, after I had been on my mission for a couple of weeks, the mission president called me to the mission office to translate. This work gave me an opportunity to compare quotations from the English Book of Mormon with their French translation of the time. It did not take long for me to notice that there were mistranslations and other inaccuracies in the French version, which was the original translation made in 1851 under the direction of Curtis E. Bolton. I prepared a report and discussed it with the mission president. It was submitted to the First Presidency, whereupon I was invited to revise the French text of the Book of Mormon (and, while I was at it, to retranslate the Doctrine and Covenants and the Pearl of Great Price). The revision, however, was to be strictly limited to the most obvious errors. My work led to the 1962 French edition of the scriptures.

This work left me dissatisfied. There were too many inaccuracies in the original French translation which I had not been allowed to correct. Curiously, however, I felt sure a full revision of this translation would take place one day and I would be the one to do it. There was not any doubt in my mind about this. I therefore needed to prepare by studying the book thoroughly. Other works of Hugh Nibley such as An Approach to the Book of Mormon and Since Cumorah kept strengthening my conviction of the historical authenticity of the Book of Mormon and the need for the translator to follow the English text as closely as possible because it deliberately betrayed forms and structures of the source language.

The long awaited time occurred twenty-three years after the publication of the 1962 edition. After an extensive preliminary work carried out by Brigham Young University to provide translators with a Translation Guide and a Lexicon giving the meaning of each word in each of its occurrences and, as luck (?) would have it, a republication of the American Dictionary of the English Language, the original 1828 edition of the Webster Dictionary, making it possible to check the meaning of English words at the time of Joseph Smith, the Church launched in 1985 a vast translation program of the Book of Mormon, Doctrine and Covenants, and Pearl of Great Price in many languages and, at the same time, a revision of the existing translations. I was appointed to be the main translator for the French language, assisted by a swarm of reviewers whose duty was to check the accuracy of my work. At that very time I was requested to translate an article by ethnologist John Sorenson entitled “Digging into the Book of Mormon.” Being very interested by its contents, I looked up the footnotes and discovered the address of a foundation called FARMS, made up of LDS researchers and university professors. I procured their catalog and bought all the booklets that had already been published. Sorenson had also just published his seminal work An Ancient American Setting for the Book of Mormon, the reading of which strengthened my conviction even more that the Book of Mormon was dealing with real people within an actual geographical and cultural framework and that the English text concealed treasures of historical authenticity which required my translation to be as close to the English original as possible. Professor John Welch’s articles on chiasmus in the Book of Mormon and on the difference between the terms theft and robbery, articles by John Tvedtnes and others on Hebraisms, Donald W. Parry’s treatise on parallelisms in the book, and still others shed a new light on some features of the book and showed that translators, including myself, sometimes did not know what they were translating.

The translator’s mission was defined by a First Presidency statement requiring that the translation should be as close as possible to the English original, an injunction I all the more agreed with since I did not want my translation to be an obstacle to a communication of future discoveries to French-speaking readers. A translator who tries to render the Book of Mormon in his own language while rendering at the same time as much as possible all the nuances and subtleties of the English and, in the case of the Book of Mormon, a rather peculiar English, a product of a tight translation showing all kinds of semitisms—such a translator discovers the book as few other people will. Its internal consistency, and the rigor of its terminology and patterns, are obvious. It appears clearly that whoever wrote the text was not somebody who would have made it up as he went, but somebody who wrote carefully with a great consistency in the choice of words and formulation, a characteristic which makes translation even more arduous than in the case of an ordinary text. When I reached the end of 1 Nephi, after a meticulous, prayerful work and after reviewing the text five times, I was proud of myself, convinced that my translation was the very best that could humanly be done. By the time I had reached Mosiah, I was not sure of anything any more and I was ready to delete all I had done. I am convinced that, if the book had been that of an impostor, I would not have had such a problem. The work of retranslating the Book of Mormon and the other Latter-day scriptures into French, which lasted from late 1985 to mid-1998 (with the input of successive revision committees created by the General Authorities who wanted to make sure the job had been done appropriately), was also a period during which a string of discoveries was made concerning the Book of Mormon by FARMS researchers, some of which had an impact on the translation. I went away from the experience being more convinced than ever that the Book of Mormon was an authentic historical document and that the only way its existence could be explained was to admit the authenticity of the Joseph Smith story.

Let there be no misunderstanding me. I did not say the authenticity of the book in the scientific sense of the term has been “proved”. Those who have piled up the historical and literary confirmations of the Book of Mormon have denied doing so. In this they are right, since the concept of proof is eminently personal. That which convinces the one does not convince the other. One thing is nevertheless clear: Henceforth it is not possible any more—at least if one considers oneself intellectually honest—to judge the Book of Mormon fairly without taking into account those evidences research has brought forth.

But my testimony is anchored in yet something else that is far more fundamental. It is not a mere matter of reasoning about religion nor a matter of discoveries made possible by scientific inquiry, although these two types of considerations play a significant role in reinforcing one’s testimony. My testimony rests with the certainty of the objective existence of God based on a concept introduced by Joseph Smith as a result of his own personal experience: that of personal revelation. Joseph Smith had his questions answered as he did what James 1:5 in the New Testament suggested (“If any of you lack wisdom, let him ask of God, that giveth to all men liberally, and upbraideth not; and it shall be given him”) and made the experiment of going to a secluded place and praying to God there. His prayer led to the First Vision. On the strength of that he taught his followers that they were not required to believe blindly what he was telling them. They could know for themselves whether it was true by asking God and receiving an answer for themselves. This is the principle of personal revelation. It is the challenge issued by the Book of Mormon itself: “And when ye shall receive these things, I would exhort you that ye would ask God, the Eternal Father, in the name of Christ, if these things are not true; and if ye shall ask with a sincere heart, with real intent, having faith in Christ, he will manifest the truth of it unto you, by the power of the Holy Ghost. And by the power of the Holy Ghost ye may know the truth of all things.” (Moroni 10:4-5).

I made this experiment and I received my answer. But that is not all. Like every newly baptized individual, I received the gift of the Holy Spirit, the right to His company and, through Him, personal revelation when needed. This manifestation of the “still small voice,” as it is called in 1 Kings 19:12, I have experienced many times over the years and I can testify that it actually exists. Those who do not believe may fall back on their usual arsenal of explanations, psychological or otherwise, but if they do not apply the principle in their lives and do not make this experiment, they miss a basic element of evaluation. Personal revelation does not make me a crank. It is something too subtle for that. Very often, it is only in hindsight that I become aware of this small nudge in the right direction received from the Holy Ghost. But whenever it occurs, it reinforces what I know already: that God exists, that he is our Creator and our Father and that he is concerned with each one of us.

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Marcel Kahne has an MA in Germanic languages from the Université libre de Bruxelles and is a retired teacher of English, Dutch, and German. He has also been a part-time translator for the Church for over fifty years. He served a full-time mission in the French Mission from 1960 to 1962 and has served in many positions in the church, among others as a branch and district president, a high councillor, and a counselor in three stake presidencies. He is currently a member of his ward bishopric. He and his first wife (now deceased) have four children and eight grandchildren.

Posted November 2010